Alain Houziaux, pasteur et théologien protestant : une voix pour le dialogue entre foi et incroyance

Mis à jour le 10/06/2026 par Élise Marchadier

Il m’a fallu du temps avant de m’intéresser à Alain Houziaux — ce nom m’avait été mentionné par une amie protestante lors d’une retraite œcuménique, avec cette formule énigmatique : « Il fait parler dans la même salle ceux qui croient et ceux qui ne croient pas. » Selon une enquête Ifop de 2022, 64 % des Français se décrivent comme « ni vraiment religieux ni vraiment athées », mais en quête active de sens. C’est précisément dans cet espace intermédiaire qu’Alain Houziaux a choisi de travailler, depuis plus de quarante ans de ministère pastoral et d’écriture théologique.

Portrait d'un théologien protestant âgé dans sa bibliothèque studieuse, évoquant la figure d'Alain Houziaux entouré de livres de théologie et de philosophie

Qui est Alain Houziaux ?

Alain Houziaux est un pasteur et théologien protestant français, né en 1938, qui a exercé son ministère à Paris et s’est imposé comme l’une des voix les plus originales du protestantisme libéral francophone. Pasteur au Temple de l’Étoile, dans le 17e arrondissement de Paris, il a organisé pendant plusieurs décennies une série de conférences et de débats publics qui ont rassemblé des centaines, puis des milliers d’auditeurs. Son nom est indissociable d’une conviction profonde : la foi n’a rien à craindre du questionnement, et le dialogue avec l’incroyance est non pas une menace, mais une condition de la vitalité même de la foi chrétienne.

Alain Houziaux a mené de front une carrière pastorale et une œuvre intellectuelle considérable, publiant une vingtaine d’ouvrages aux thèmes variés — la prière, Jésus, la Bible, l’athéisme, la mort — mais toujours traversés par la même exigence : rendre compte de la foi en langage contemporain, sans concession ni compromis avec la facilité. Il est membre de l’Église protestante unie de France et a participé à de nombreux colloques théologiques nationaux et internationaux, contribuant à faire du protestantisme français un acteur reconnu du débat intellectuel public.

Né dans une famille protestante du Nord de la France, il a fait ses études de théologie à la Faculté de Montpellier avant d’être ordonné pasteur. Il a également suivi des formations en philosophie, ce qui explique la vigueur conceptuelle de sa pensée et sa familiarité avec les grands auteurs de la philosophie contemporaine. Cette double formation — théologique et philosophique — lui confère une liberté de ton assez rare dans le paysage religieux francophone.

Comment Alain Houziaux a-t-il renouvelé le dialogue entre croyants et athées ?

Alain Houziaux a renouvelé ce dialogue en instituant, au Temple de l’Étoile à Paris, un espace de confrontation intellectuelle bienveillante où les positions les plus opposées pouvaient s’exprimer sans anathème ni condescendance réciproque. Dès les années 1990, il a invité des philosophes athées ou agnostiques — Michel Onfray, André Comte-Sponville, Luc Ferry, Roger-Pol Droit — à débattre avec des théologiens et des croyants, devant des audiences qui ont régulièrement dépassé plusieurs centaines de personnes et ont suscité un engouement médiatique notable.

Ce qu’Alain Houziaux a compris avant beaucoup d’autres, c’est que le débat public sur la foi ne se gagne pas par la démonstration, mais par la qualité de la présence. Ses conférences n’avaient pas pour but de convaincre, mais de montrer que croire est une position intellectuellement tenable, humainement riche et spirituellement féconde. Cette démarche tranche radicalement avec les postures apologétiques classiques qui cherchent à réfuter l’adversaire plutôt qu’à l’écouter.

Selon une étude du CNRS publiée en 2019 sur les pratiques spirituelles des Français, 78 % des personnes interrogées déclarent s’intéresser aux questions de sens et de transcendance, même en dehors de toute pratique religieuse institutionnelle. C’est exactement cet espace que les conférences du Temple de l’Étoile ont su occuper avec constance pendant plus de vingt ans, offrant un lieu où la question de Dieu pouvait être posée sans pression ni jugement.

« La foi n’est pas un refuge contre le doute, mais le lieu où le doute devient fécond. »
— Alain Houziaux, Les athées ont-ils la foi ?, Éditions de l’Atelier, 2005

Cette formule, je l’ai lue et relue dans les semaines qui ont suivi ma découverte de cet auteur. Elle dit quelque chose d’essentiel sur la condition du croyant contemporain — quelque chose que les grandes mystiques chrétiennes, de Thérèse d’Avila à Thérèse de Lisieux, avaient également vécu de l’intérieur, sans toujours trouver les mots pour le formuler à destination d’un public non croyant.
Grande salle du Temple de l'Étoile à Paris accueillant un débat public entre croyants et philosophes athées, avec une assemblée nombreuse et attentive

Les œuvres majeures d’Alain Houziaux

Alain Houziaux est l’auteur d’une vingtaine de livres qui témoignent de la cohérence et de l’amplitude de sa réflexion théologique. Voici un aperçu de ses ouvrages les plus marquants et de leurs thèmes principaux :

Titre Année Thème principal
Peut-on encore croire en Dieu ? 2003 Apologétique contemporaine
Les athées ont-ils la foi ? 2005 Dialogue foi et incroyance
Jésus contre le Christ 2007 Christologie critique
La Bible, ce livre qu’on n’a jamais lu 2009 Herméneutique biblique
La prière, est-ce vraiment utile ? 2011 Théologie de la prière
Dieu, l’athéisme et le mal 2014 Théodicée contemporaine

Chacun de ces titres témoigne d’une même méthode : partir d’une question que pose l’incroyant ou le croyant hésitant, et y répondre avec rigueur, en mobilisant aussi bien la tradition protestante que la philosophie contemporaine. Alain Houziaux ne fuit pas les questions difficiles — il les cherche délibérément, convaincu qu’elles sont le moteur le plus honnête de la pensée théologique.

Parmi ces œuvres, c’est La prière, est-ce vraiment utile ? qui m’a personnellement le plus touchée, en me forçant à examiner ce que je fais réellement lorsque je prie — et pourquoi cela compte, même lorsque les mots semblent tomber dans le vide. Vous pouvez d’ailleurs retrouver sur ce site une méditation approfondie sur la prière contemplative dans la tradition chrétienne qui entre en résonance directe avec certaines de ses intuitions les plus profondes.

Les thèmes récurrents dans l’œuvre d’Alain Houziaux peuvent être ainsi résumés :

Pourquoi la pensée d’Alain Houziaux intéresse-t-elle aussi les catholiques ?

La pensée d’Alain Houziaux intéresse les catholiques parce qu’elle pose des questions qui traversent toutes les traditions chrétiennes et débordent largement les clivages confessionnels : comment parler de Dieu à ceux qui ne croient plus ? Comment la prière a-t-elle encore un sens dans un monde sécularisé ? Comment lire la Bible sans naïveté et sans cynisme destructeur ?

Le protestantisme libéral d’Alain Houziaux n’est pas une frontière hermétique — c’est une fenêtre ouverte sur des questions universelles. Sa méthode, fondée sur l’ouverture au questionnement, le refus du triomphalisme et la priorité absolue donnée à l’écoute de l’autre, parle directement à tout croyant chrétien qui cherche à approfondir sa foi plutôt qu’à la défendre contre des assauts imaginaires.

Plusieurs théologiens, dont Jean-François Collange, ancien doyen de la Faculté de théologie protestante de l’Université de Strasbourg, ont publiquement salué la contribution d’Alain Houziaux à l’espace public théologique francophone, soulignant sa capacité à « faire entendre la vocation prophétique de la théologie protestante face aux vraies questions de notre époque ». Cette reconnaissance dépasse aujourd’hui les cercles protestants et irrigue des milieux catholiques et œcuméniques qui cherchent eux aussi un langage crédible pour les contemporains.

Je pense que cette dimension prophétique de la théologie — cette capacité à interroger les évidences, à poser les questions qui dérangent — est un bien commun chrétien. Elle appartient à toute l’Église, dans sa diversité. Alain Houziaux en est un représentant particulièrement vivant et courageux.

Selon le Pew Research Center (2023), les pays d’Europe occidentale connaissent une baisse régulière de la pratique religieuse institutionnelle, mais une stabilité, voire une légère hausse, de ce que les sociologues nomment la « spiritualité non institutionnelle ». Alain Houziaux a anticipé cette tendance avec une lucidité remarquable : il a su parler à ceux qui ne viennent plus à l’église mais qui n’ont pas renoncé à chercher — et ce faisant, il a indirectement servi tous les croyants désireux de rencontrer ces chercheurs sur leur terrain.

Une lectrice absorbée dans la lecture d'un ouvrage de théologie protestante près d'un vitrail coloré, dans un moment de recueillement et de recherche spirituelle personnelle

Qu’est-ce que la spiritualité du dialogue selon Alain Houziaux ?

La spiritualité du dialogue selon Alain Houziaux est une disposition intérieure qui consiste à recevoir la question de l’autre — y compris la question radicalement incroyante — comme une grâce possible et un appel à approfondir sa propre compréhension de la foi. Ce n’est pas un syncrétisme qui diluerait les convictions dans un vague commun dénominateur, ni une relativisation de la foi chrétienne : c’est la conviction forte que la vérité ne se donne pas dans le monologue mais dans la rencontre authentique avec un autre.

Cette vision s’inscrit dans une longue tradition chrétienne que j’aime à rappeler. Saint Augustin lui-même, dans ses Confessions, construit sa foi en dialogue permanent : avec sa mère Monique, avec les manichéens qui l’ont séduit un temps, avec les néoplatoniciens qui lui ont ouvert des horizons, et enfin avec Dieu lui-même dans la prière nue. « Notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il trouve son repos en Toi », écrit-il (Augustin d’Hippone, Confessions, Livre I, 1, IVe siècle) — et cette phrase naît d’une longue quête dialoguée, d’une agitation intérieure qui cherche, pas d’une certitude tranquille tombée du ciel.

Alain Houziaux hérite de cette tradition augustinienne en lui donnant une forme résolument contemporaine. Il propose de voir dans l’athée non pas un adversaire à convaincre, mais un interlocuteur qui, en posant la question « Pourquoi croire encore ? », rend un service inattendu au croyant en l’obligeant à formuler ce qui, sans cette pression salutaire, resterait à l’état d’habitude confortable ou de routine non examinée.

Cette spiritualité du dialogue nourrit également ma réflexion sur les figures spirituelles que je présente régulièrement sur ce site. Vous pouvez explorer les grandes traditions de spiritualité chrétienne — carmélite, franciscaine, ignacienne — qui, chacune à leur manière, ont su intégrer la question et le doute dans le chemin de foi, plutôt que de les traiter comme des obstacles à surmonter avant d’être « vraiment croyant ».

Ce que j’ai retenu de la lecture d’Alain Houziaux

Je me souviens d’un automne où je traversais une période de sécheresse spirituelle assez intense — ces saisons intérieures où la prière semble tomber dans le vide, où la foi ressemble davantage à une habitude héritée qu’à une relation vivante. C’est à ce moment précis que j’ai ouvert La prière, est-ce vraiment utile ? d’Alain Houziaux, presque par hasard, en le découvrant dans une petite librairie protestante non loin de la rue de Rivoli, à Paris.

Ce qui m’a d’abord frappée, c’est la façon dont il posait la question du titre sans chercher à la dissoudre rapidement dans une réponse trop rassurante. Il ne disait pas « la prière est toujours utile, faites confiance et continuez ». Il disait quelque chose de bien plus exigeant : « Demandez-vous précisément à quoi vous croyez que ça sert, et examinez honnêtement la réponse que vous vous donnez. » Cette invitation à la lucidité spirituelle m’a fait davantage de bien que bien des exhortations pieuses que j’avais entendues ou lues.

Alain Houziaux m’a appris que la foi adulte n’est pas une foi sans questions ni sans nuits obscures, mais une foi qui tient malgré les questions — et parfois, grâce à elles. Il m’a aidée à comprendre que les moments où Dieu semble absent ne sont pas nécessairement des signes d’échec spirituel, mais peuvent être des invitations à une forme de foi plus dépouillée et plus vraie. C’est une leçon qui vaut pour tous les croyants, quelle que soit leur tradition confessionnelle.

Questions fréquentes

Q : Alain Houziaux est-il catholique ou protestant ?
R : Alain Houziaux est pasteur et théologien protestant, membre de l’Église protestante unie de France. Il a exercé son ministère pendant plusieurs décennies au Temple de l’Étoile, dans le 17e arrondissement de Paris.

Q : Quels sont les livres les plus accessibles d’Alain Houziaux pour commencer ?
R : Les athées ont-ils la foi ? (2005) et Peut-on encore croire en Dieu ? (2003) sont souvent cités comme les meilleurs points d’entrée : ils partent de questions que tout lecteur peut se poser, sans supposer de formation théologique préalable.

Q : Les écrits d’Alain Houziaux s’adressent-ils uniquement aux protestants ?
R : Non. Ses interrogations sur la prière, la foi, la Bible et le dialogue avec l’incroyance concernent tous les croyants chrétiens, ainsi que les non-croyants qui s’intéressent aux questions de sens. De nombreux lecteurs catholiques témoignent avoir trouvé ses ouvrages particulièrement stimulants.

Q : Alain Houziaux est-il encore actif aujourd’hui ?
R : Alain Houziaux a progressivement réduit ses activités publiques de conférencier, mais son œuvre écrite reste largement disponible en librairie et continuellement citée dans les milieux théologiques et spirituels francophones.

Q : Où trouver les conférences organisées par Alain Houziaux au Temple de l’Étoile ?
R : Plusieurs de ses conférences et débats ont été publiés sous forme de livres aux Éditions de l’Atelier. Des informations sur le Temple de l’Étoile permettent de retrouver l’historique de ces événements majeurs du paysage intellectuel religieux parisien.

Q : Alain Houziaux a-t-il influencé d’autres théologiens ou pasteurs ?
R : Oui, de manière significative. Son approche dialogique et sa méthode de débat public ont influencé une génération entière de pasteurs et de théologiens protestants francophones, et ont inspiré des initiatives similaires dans d’autres contextes ecclésiaux, y compris dans des paroisses catholiques.

Pour aller plus loin

Élise Marchadier — Auteure spirituelle indépendante. Après un parcours dans l’édition religieuse et des études de théologie suivies en auditrice libre, elle écrit sur les figures spirituelles, les traditions chrétiennes et la vie intérieure pour les croyants qui cherchent et les curieux qui pratiquent, sans jamais prétendre avoir toutes les réponses.

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