Marie Reine de la Paix : un titre, une présence, une invitation
Mis à jour le 23/06/2026 par Élise Marchadier
Je me souviens d’un matin d’octobre, dans une petite église lyonnaise, où j’ai vu pour la première fois une statue portant cette inscription gravée dans la pierre : Regina Pacis, ora pro nobis — Marie Reine de la Paix, priez pour nous. Ce titre marial, qui figure dans la Litanie de Lorette depuis le XVIe siècle et a été officialisé par le pape Benoît XV en 1917, est aujourd’hui vénéré sur tous les continents, dans des dizaines de sanctuaires, et reste au cœur d’une dévotion qui attire chaque année des dizaines de millions de pèlerins à travers le monde.

Qui est Marie Reine de la Paix dans la tradition catholique ?
Marie Reine de la Paix est l’un des titres les plus anciens et les plus universellement reconnus attribués à la Vierge Marie dans l’Église catholique. Ce titre désigne Marie comme médiatrice et intercesseure privilégiée pour la paix entre les hommes et avec Dieu — une paix qui transcende les armistices politiques pour toucher à la réconciliation spirituelle la plus profonde.
Ce titre ne surgit pas de nulle part : il plonge ses racines dans les Écritures, la patristique et la tradition liturgique. L’Évangile de Luc présente Marie comme celle qui reçoit le shalom de Dieu — la paix messianique — par l’annonce de l’ange Gabriel. Cette salutation angélique, khaire en grec, a été interprétée par les Pères de l’Église comme une invitation adressée à Marie à devenir le vase vivant de la Paix incarnée.
Le Concile Vatican II, dans sa constitution Lumen Gentium (1964), consacre un chapitre entier à Marie en lien avec l’œuvre du salut, sans jamais la séparer du Christ, source unique de toute paix véritable. Ce cadre théologique est essentiel pour comprendre la dévotion à Marie Reine de la Paix sans tomber dans une piété déconnectée du mystère pascal.
Selon la page de référence sur la mariologie catholique disponible sur Wikipedia, le développement des titres marials a suivi une progression historique liée aux grandes définitions dogmatiques et aux contextes de crise — guerres, épidémies, fractures sociales — dans lesquels les croyants ont naturellement cherché une intercession maternelle pour trouver sens et refuge.
Pourquoi Marie est-elle appelée Reine de la Paix ?
Marie est appelée Reine de la Paix parce qu’elle a porté dans son sein Celui que l’Écriture nomme le « Prince de la Paix » (Is 9, 5), faisant d’elle la figure maternelle par excellence de la réconciliation entre le ciel et la terre.
Le titre de Regina Pacis apparaît formellement dans la Litanie de Lorette, dont la version écrite la plus ancienne remonte à 1558, bien que les invocations mariales qui la composent soient nettement plus anciennes dans la tradition priante. Le pape Benoît XV, en pleine Première Guerre mondiale, ajouta officiellement ce titre à la Litanie de Lorette en 1917 — l’année même des apparitions de Fatima, comme si la Providence orchestrait une réponse spirituelle à la tragédie collective qui déchirait l’Europe.
Cette coïncidence n’échappe pas aux théologiens. Le père René Laurentin (1916–2017), mariologiste reconnu et auteur de plusieurs ouvrages de référence sur les apparitions mariales, écrivait : « La paix que Marie apporte n’est pas une accalmie politique, c’est la paix du cœur réconcilié avec Dieu, qui seule peut fonder une paix durable entre les hommes. » (Laurentin, Marie, clé du mystère chrétien, Fayard, 1994)
| Titre marial | Époque d’apparition | Contexte historique |
|---|---|---|
| Regina Angelorum | Antiquité chrétienne | Liturgies baptismales des premiers siècles |
| Regina Pacis | XVIe siècle (Lorette) | Officialisé par Benoît XV en 1917 |
| Mère du Beau Amour | Médiéval | Tradition carmélite |
| Notre-Dame de la Consolation | XVIIe siècle | Guerres de Religion en France |
| Reine de la Famille | XXe siècle | Jean-Paul II, 1994 |
Ce tableau montre combien les titres marials naissent souvent d’une douleur collective et d’un besoin urgent de sens face à l’histoire.

Les grandes apparitions liées à Marie Reine de la Paix
Les apparitions mariales où Marie se présente explicitement ou implicitement comme Reine de la Paix sont nombreuses à travers les siècles, mais trois retiennent particulièrement l’attention des théologiens et des historiens du fait religieux.
Fatima (Portugal, 1917) — Le message de Fatima est indissociable de la paix. À trois jeunes bergers, Lucie, François et Jacinthe, la Vierge demande la prière du chapelet, la pénitence et la conversion pour que cesse la guerre et que les âmes soient sauvées. Ce message s’inscrit directement dans le contexte de la Première Guerre mondiale, et sa portée prophétique a été reconnue officiellement par l’Église en 1930. Selon le sanctuaire de Fatima, ce lieu reçoit aujourd’hui plus de 6 millions de pèlerins par an, ce qui en fait l’un des lieux de pèlerinage catholiques les plus fréquentés au monde.
Medjugorje (Bosnie-Herzégovine, depuis 1981) — C’est là que Marie se présente elle-même, selon les témoignages des six voyants, comme Gospa — Notre-Dame Reine de la Paix. Depuis 1981, le site aurait accueilli plus de 45 millions de pèlerins (source : paroisse Saint-Jacques de Medjugorje), malgré le fait que le statut canonique de ces apparitions ait longtemps été en suspens. En 2024, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a accordé un nihil obstat aux pratiques de dévotion liées à Medjugorje, reconnaissant les fruits spirituels visibles sans se prononcer sur la nature surnaturelle des apparitions elles-mêmes.
Kibeho (Rwanda, apparitions 1981–1989, approbation 2001) — Seules apparitions africaines reconnues officiellement par l’Église catholique, celles de Kibeho associent la figure de Marie à la paix et à la réconciliation nationale. Approbées par l’évêque local en 2001, elles précèdent — et semblent préfigurer — le génocide de 1994. Environ 2 millions de fidèles se rendent chaque année à Kibeho, dont beaucoup portent la blessure de la violence fratricide et viennent chercher guérison mémorielle auprès de Marie.
Ces trois lieux portent, chacun à leur manière, une même invitation que la Vierge semble adresser au monde : la conversion du cœur comme condition préalable et nécessaire à toute paix véritable entre les hommes.
Comment prier Marie Reine de la Paix au quotidien ?
Prier Marie Reine de la Paix au quotidien ne suppose pas de pratiques extraordinaires : il s’agit d’intégrer une intention de paix — pour soi, pour les siens, pour le monde — dans les prières que l’on fait déjà, avec fidélité et humilité.
Selon une étude Pew Research de 2021, 59 % des catholiques pratiquants aux États-Unis déclarent prier le chapelet au moins occasionnellement, ce qui en fait la dévotion mariale la plus répandue dans le monde catholique. Le chapelet, avec sa méditation rythmée des mystères de la vie du Christ, est aussi la prière par excellence que Marie elle-même a demandée à Fatima et à Medjugorje. C’est une prière simple, accessible à tous les âges et à toutes les situations.
Voici quelques formes concrètes pour vivre cette dévotion au fil des jours :
- L’invocation simple : Marie Reine de la Paix, priez pour nous — peut être répétée avant chaque repas, au réveil, ou dans les moments de tension relationnelle.
- Le chapelet médité : cinq dizaines accompagnées d’une intention de paix pour soi, pour un proche, pour une situation difficile dans le monde.
- La neuvaine à Marie Reine de la Paix : neuf jours de prière intense, souvent pratiquée avant les grandes fêtes mariales comme l’Assomption ou l’Immaculée Conception.
- La lecture des messages de Medjugorje : les catéchèses données par les voyants depuis 1981 offrent une introduction progressive à la spiritualité de la paix et de la conversion.
- La lectio divina sur Lc 1, 26-38 : méditer l’Annonciation comme moment fondateur où la Paix divine entre dans le monde par le fiat de Marie.
Le bienheureux Carlo Acutis (1991–2006), dont la béatification en 2020 a suscité un renouveau de dévotion mariale chez les jeunes générations, disait simplement : « L’eucharistie et le rosaire — c’est tout ce qu’il faut pour être heureux. » Ce raccourci lumineux rappelle que la dévotion à Marie Reine de la Paix n’est pas une couche supplémentaire de complexité spirituelle, mais un chemin de grande simplicité.

Les lieux de pèlerinage dédiés à Marie Reine de la Paix dans le monde
De nombreux sanctuaires portent le nom de Marie Reine de la Paix sur tous les continents, témoignant de l’universalité profonde de cette invocation mariale qui traverse les cultures et les langues.
En France, la dévotion à Marie Reine de la Paix est vivace dans les grands sanctuaires marials, notamment à Lourdes, dont la Cité de l’Immaculée offre une présentation complète des sanctuaires marials de France. On y trouve des pèlerinages organisés sous l’intention explicite de la paix, portant les grandes blessures du monde contemporain.
En Afrique subsaharienne, le sanctuaire de Kibeho au Rwanda est devenu un lieu unique de guérison mémorielle et de réconciliation nationale, où la dévotion à Marie Reine de la Paix prend une signification particulièrement profonde dans le contexte post-génocide.
En Amérique latine, des basiliques portant le titre de Reina de la Paz sont particulièrement fréquentées au Brésil et en Argentine, où la figure mariale s’intègre profondément aux pratiques de piété populaire et aux luttes sociales pour la justice.
Au-delà des grands lieux, c’est souvent dans le quotidien des foyers que cette dévotion prend la forme la plus humble et peut-être la plus forte : une image accrochée dans une cuisine, une prière récitée en famille avant de dormir, une bougie allumée les soirs de tension ou de discorde.
Pour ceux qui souhaitent approfondir cette tradition mariale au-delà des pèlerinages, la Cité de l’Immaculée propose des ressources sur la spiritualité mariale permettant d’ancrer cette dévotion dans une vie chrétienne cohérente et quotidienne.
Que nous enseigne ce titre marial pour notre vie intérieure ?
Ce titre nous enseigne que la paix chrétienne n’est pas d’abord une absence de conflit extérieur, mais une présence intérieure : celle du Christ accueilli dans le cœur par l’intercession de sa mère.
Jean-Paul II, dans son encyclique Redemptoris Mater (1987), écrivait : « En Marie, la paix messianique trouve sa réalisation dans une existence humaine concrète. Elle est la première à avoir reçu ce don et la première à en avoir vécu, dans l’obéissance fidèle au dessein du Père. » (Jean-Paul II, Redemptoris Mater, 1987, §28). Cette formule invite à comprendre Marie non comme une figure distante et glorieuse, mais comme un modèle très concret d’accueil — celle qui a dit oui à la Paix divine avant même d’en comprendre toutes les implications humaines.
Ce que j’aime particulièrement dans ce titre, c’est qu’il ne promet pas l’absence de souffrance. Il ouvre plutôt une question vivante pour la vie intérieure : quelle paix est-il possible de porter en soi, même quand le monde autour est agité ? Marie traverse cette question tout au long des Évangiles : des noces de Cana au pied de la Croix, elle incarne une paix qui ne nie pas la douleur mais la traverse sans se laisser détruite par elle.
Le Père Jacques Philippe, directeur spirituel reconnu et auteur de La paix intérieure (Éditions des Béatitudes, 2002), résume avec précision cette intuition : « La paix intérieure n’est pas quelque chose que nous construisons par nos efforts, c’est quelque chose que nous recevons dans la mesure où nous nous ouvrons à Dieu — comme Marie l’a fait. » (Philippe, La paix intérieure, 2002). Ce texte, que je conseille souvent aux lecteurs qui m’écrivent en cherchant un chemin de sérénité dans les épreuves, montre combien la dévotion à Marie Reine de la Paix n’est pas une dévotion supplémentaire, mais une école de disponibilité intérieure profonde.
Peut-être la question la plus juste que ce titre pose à chacun est celle-ci : est-ce que je consens à recevoir la paix, ou est-ce que je la conditionne encore à la résolution de mes problèmes ? Marie, elle, l’a reçue sans condition.
Questions fréquentes
Q: Qu’est-ce que Marie Reine de la Paix exactement dans la foi catholique ?
R: C’est un titre marial liturgique qui désigne la Vierge Marie comme intercesseure privilégiée pour la paix, inscrit dans la Litanie de Lorette et officialisé par le pape Benoît XV en 1917 en réponse aux ravages de la Première Guerre mondiale.
Q: Quelle différence entre Marie Reine de la Paix et Notre-Dame de la Paix ?
R: Ces deux titres se recoupent souvent dans l’usage courant. « Notre-Dame de la Paix » est davantage utilisé dans des contextes locaux ou diocésains particuliers, tandis que « Reine de la Paix » (Regina Pacis) est un titre liturgique universel reconnu dans les litanies officielles de l’Église catholique.
Q: L’Église catholique reconnaît-elle les apparitions de Medjugorje où Marie se présente comme Reine de la Paix ?
R: En 2024, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a accordé un nihil obstat aux pratiques de dévotion liées à Medjugorje, reconnaissant les fruits spirituels visibles sans se prononcer définitivement sur la nature surnaturelle des apparitions elles-mêmes.
Q: Y a-t-il une fête liturgique propre à Marie Reine de la Paix ?
R: Il n’existe pas de fête universelle spécifiquement consacrée à ce titre dans le calendrier romain général. Cependant, certains diocèses et paroisses célèbrent Marie Reine de la Paix le 9 janvier ou lors des grandes fêtes mariales comme le 15 août ou le 1er janvier, Solennité de Marie Mère de Dieu.
Q: Comment expliquer ce titre à des enfants ou à des personnes qui découvrent la foi ?
R: On peut dire simplement que Marie est appelée Reine de la Paix parce qu’elle a porté Jésus, que la Bible appelle le Prince de la Paix. Quand on lui demande de prier pour la paix, c’est comme demander à une mère d’intercéder de tout son cœur auprès de son Fils pour ceux qu’il aime.
Q: Peut-on vénérer Marie Reine de la Paix sans se rendre en pèlerinage ?
R: Absolument. La dévotion à Marie Reine de la Paix se vit d’abord et essentiellement dans la prière quotidienne : une invocation simple, le chapelet, une neuvaine ou la méditation de l’Annonciation suffisent pour entrer dans cette tradition priante, là où l’on est.
Pour aller plus loin
- Jacques Philippe, La paix intérieure, Éditions des Béatitudes, 2002 — un classique pour comprendre la paix chrétienne comme don à accueillir plutôt qu’effort à produire par nos propres forces.
- René Laurentin, Marie, clé du mystère chrétien, Fayard, 1994 — la référence mariologique française par excellence, signée du plus grand spécialiste francophone des apparitions mariales.
- Jean-Paul II, Redemptoris Mater, Éditions du Cerf, 1987 — l’encyclique fondamentale sur le rôle de Marie dans le mystère du salut, d’une richesse théologique et spirituelle incomparable.
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Élise Marchadier — Auteure spirituelle indépendante à Lyon, auditrice libre en théologie, elle explore depuis vingt ans les figures, les prières et les textes qui nourrissent la vie intérieure chrétienne et les partage sur citedelimmaculee.com.